Héraldique : Les origines |
A l'origine, l'héraldique recensait
les devoirs et les fonctions d'un héraut, également appelé officier d'armes, comprenant
notamment la transmission et l'octroi d'armoiries.
Aujourd'hui, elle est devenue la science qui a pour objet l'étude et la description des
armoiries.
Le système héraldique médiéval européen se distingue de ceux adoptés à d'autres
époques, par d'autres civilisations. Des représentations symboliques et décoratives ont
précédemment été utilisées comme emblèmes nationaux ou tribaux depuis l'Antiquité,
notamment par les Romains. Plusieurs théories ont cherché à expliquer l'origine des
armoiries médiévales européennes mais aucune n'est vraiment sûre. La filiation avec
les emblèmes de l'Antiquité a longtemps été mise à l'honneur. Les Allemands, quant à
eux, privilégient l'influence des insignes utilisés par les Barbares, tandis que
certains y voient un emprunt aux coutumes musulmanes pendant la première croisade.
Une origine guerrière
Les premières armoiries
apparaissent en Europe entre 1120 et 1150 pour répondre à un besoin précis,
l'identification des combattants, à l'époque où le perfectionnement des armures les
rend méconnaissables sur les champs de bataille. Afin de pouvoir être reconnus de loin,
les chevaliers, dont le visage est masqué par un casque, prennent l'habitude de faire
représenter sur leurs boucliers des motifs colorés, géométriques ou figuratifs. Avant
la fin du XIIème siècle, cet usage se généralise au sein de l'aristocratie. La
présence des armoiries constitue aussi une garantie: ceux qui les portent signalent en
même temps leur noblesse, ce qui incite leurs vainqueurs à les faire prisonniers pour en
tirer rançon plutôt qu'à les tuer.
L'utilisation des armoiries a évolué vers un système héréditaire complexe
d'identification du statut social. Dès le XIIIème siècle, l'usage s'en répand en
effet à de nombreuses couches de la société: les femmes, les ecclésiastiques, les
bourgeois, les artisans, les villes, les corps de métiers, les communautés civiles et
religieuses, et même les paysans dans certaines régions.

Développement de l'usage du blason
Les rois ont ensuite adopté leurs
propres signes héraldiques: la plus ancienne trace des armoiries des rois de France, un écu d'azur semé de fleurs de
lis d'or, est un sceau de 1211.
Au XIVème siècle, les hérauts d'armes tentent d'en codifier les règles et
répertorient les emblèmes dans des armoriaux.
Au XVème siècle, les règles de l'héraldique sont enfin codifiées à l'occasion des
pas d'armes des cours d'Anjou et de Bourgogne: ce sont des tournois organisés autour d'un
thème, en général la délivrance d'une dame par le meilleur des jouteurs. Les seigneurs
et les chevaliers prennent l'habitude de placer leur emblème sur leurs sceaux, leurs
bannières, leurs caparaçons et leurs différents biens et domaines.
Aux XIIIème et XIVème siècles, les vitraux des églises et de nombreux objets de la
vie courante sont ornés de blasons. Au XIVème siècle, on introduit la pratique qui
consiste à broder les insignes d'une famille sur la cotte d'armes portée par-dessus
l'armure, ce qui donne naissance au terme "armoiries".
À partir du XVIIIème siècle, avec le développement de nouveaux emblèmes (chiffres,
devises, ...), cet usage décline.
Pendant longtemps, les armoiries ont résisté à toute tentative de réglementation, si
ce n'est l'interdiction d'usurper celles d'un autre. Les rares restrictions se sont
limitées à certains usages publics et à l'utilisation de quelques éléments
(couronnes, manteaux, insignes de dignité). Dès les origines cependant, seul l'aîné
d'une famille a le droit de porter les armes paternelles inchangées, les autres membres
de la famille différencient leurs armes en modifiant certaines couleurs ou en remplaçant
des charges: ces modifications sont les brisures des armes.
En Angleterre, les chevaliers s'attribuent librement leurs armoiries jusqu'au début du XV
ème siècle, date à laquelle Henri V limite cette pratique. Titulaire de l'office de roi
d'armes, chef des hérauts d'armes, créé en 1415, Edouard IV institue en 1483, le Royal
College of Heralds qui supervise, depuis, l'octroi et la sauvegarde des armoiries.
En France, l'usage en reste plus souple. Louis XI organise le système des bannières des
métiers parisiens (1467), mais l'Armorial général de 1696 n'a pour but que de recenser
toutes les armoiries du royaume afin d'imposer une taxe à leurs possesseurs. Nombre de
personnes (magistrats, artisans, médecins) et de villes qui n'en disposent pas sont même
contraintes d'adopter un modèle préconçu.