Héraldique :       Code de construction des armoiries

              

Règle fondamentale

Une des règles primordiales de l'héraldique veut que l'on ne superpose jamais métal sur métal, ni couleur sur couleur. On ne verra donc jamais dans un blason un lion d'or sur champ d'argent ou une aigle d'azur sur champ de gueules.
Cependant toute règle a ses exceptions et certaines armes contreviennent à la règle de superposition des couleurs. On les appelle armes à enquerre car leur propriétaire se devait de justifier l'origine et le sens de cette anomalie. Les armes à enquerre les plus connues sont celles de Godefroy de Bouillon, roi de Jérusalem.

Disposition des armes 

Aux origines de l'héraldique, il était de coutume de ne pas afficher plus d'un écusson sur un écu. Si toutefois l'héritier était une femme, elle pouvait afficher les armes paternelles côte à côte avec celles de son mari, sur des écussons distincts. Puis, le côté dextre de l'un a été joint au côté senestre de l'autre. Peu à peu s'est développé l'usage qui consiste à représenter entièrement les deux armoiries dans les deux parties de l'écu parti en pal. La première partition connue est celle de Castille et León (Espagne), vers 1270.
Les partitions d'un écu, les quartiers, sont numérotées dans le sens horizontal entre le chef dextre et la pointe senestre. Les souverains divisent leurs écus en partitions afin de représenter les différentes terres sur lesquelles ils règnent, illustrant parfois plus de vingt écussons sur un seul écu. Les grandes armes des Lloyd of Stockton, au pays de Galles, sont subdivisées en 323 quartiers, ce qui constitue un record.

Langage des figures

Les figures sont souvent des représentations conventionnelles d'objets familiers qui dépeignent l'histoire ou le caractère d'un individu ou d'une famille. D'abord limité à une vingtaine de sujets, le répertoire s'est considérablement diversifié aux XVIIe et XVIIIe siècles.

En 1696, lors de la constitution de l'Armorial général, les parlantes sont inventées : ce sont des armoiries formant rébus à partir du nom de la famille. Les armoiries parlantes peuvent être aussi utilisées par les villes : citons parmi celles que j'ai remarqué le blason de Quillan, dans l'Aude, où se trouvent des quilles et celui de Lyon, qui représente un lion.

De toutes les charges, c'est d'ailleurs le lion qui revient le plus sur les armoiries. La première représentation d'un lion apparaît sur le sceau de Philippe 1er, duc de Flandres, vers 1164. Il est ensuite adopté par les souverains d'Angleterre, d'Écosse et d'autres pays européens. 

Pour plus de précisions, voir la description et la représentation du lion.

Les attributs des meubles

Les attributs de position des meubles marquent le sens dans lequel est placée une figure.
Une figure est normalement dressée (vers le chef) et tournée (vers la dextre). Sinon, la figure est dite respectivement versée et contournée.
Une figure normalement en pal mise en fasce est dite couchée.

Les attributs de situation marquent la position de la figure par rapport aux points de l'écu.
Elle peut être haussée, abaissée ou mouvante (semblant sortir de l'écu).

Les attributs de disposition indiquent la manière dont les figures en nombre sont placées les unes par rapport aux autres.
Si elles sont au nombre de trois, les figures se représentent normalement en triangle avec la pointe en bas. Inversée, elles sont dites mal ordonnées.
Une pièce principale accompagnée d'une pièce secondaire est dite adextrée (ou senestrée) par la seconde si elle est à côté, sommée si le seconde semble posée verticalement sur la première (l'inverse se dit soutenue). Dans ce dernier cas, si une séparation est perceptible, la description devient surmontée ou accompagnée en chef (ou inversement en pointe).
Les pièces verticales encadrées sont dites accostées.
Deux figures peuvent être affrontées ou adossées (l'une en face de l'autre ou se tournant le dos).
Quand une figure est posée sur une pièce dans le sens ou elle cache celle-ci par rapport à l'observateur (ne pas confondre avec sommée), elle est dite chargée.
Si une figure est répétée un grand nombre de fois, on dit alors que l'écu ou la partition est semé de celle-ci (Par exemple, le blason de France ancien est d'azur semé de fleurs de lis d'or).

Description du blason

Lors des tournois du Moyen Age, chaque entrée en lice d'un chevalier est annoncée par les hérauts au son de la trompe (blasen en allemand), puis ceux-ci décrivent les armes du combattant. C'est de cette pratique que vient le terme " blason ". Le nom de la personne, le domaine ou l'institution portant les armes sont indiqués en premier, suit la description de l'écu, qui se fait toujours suivant la même logique.

Elle énonce, dans l'ordre :

1- le champ : forme de l'écu, partitions et couleurs
2- la ou les pièces ou figures principales, constituant le premier plan. En général ce sont les pièces honorifiques qui sont décrites en premier.
3- celles du troisième plan chargeant le deuxième, et les meubles les chargeant.
4- celles du quatrième plan surchargeant le troisième
5- le chef, la champagne, les deux flancs et la bordure
6- les brochant sur le tout
7- les ornements extérieurs.


Lorsque deux charges identiques sont mentionnées, elles sont placées en pal, c'est-à-dire sur une ligne verticale, sauf spécifications contraires.
Une pièce peut partiellement cacher une charge du champ. Dans ce cas, la charge est mentionnée en premier. Par convention héraldique, on évite la répétition.

Ainsi il n'existe qu'une seule façon de décrire un blason et inversement on ne peut dessiner qu'un seul blason à partir d'une description.
Cependant, lorsqu'une figure connue est utilisé pour en construire un blason, il suffit d'utiliser son nom plutôt que de refaire toute sa description. Ceci permet de simplifier les description sans contrevenir à la règle description unique. Par exemple, le blason des ducs de Bourbon, cité en exemple, aurai pu se décrire : 

De France, au bâton de gueules en bande brochant sur le tout.

L'héraldique de nos jours

Perçu comme le signe d'une prétention aristocratique ou d'une reconnaissance de caste, l'héraldique n'a cependant pas sombré avec la Révolution française de 1789. En juin 1790, l'Assemblée constituante abolit certes les armoiries en même temps qu'elle supprime les titres de noblesse. De 1791 à 1796, particuliers et collectivités sont sommés de les faire disparaître de tous leurs édifices, documents et objets divers. Cependant, nombre d'institutions ont conservé des emblèmes marqués par l'héraldique, à commencer par les 48bataillons de la Garde nationale parisienne. Les vignettes utilisées à l'en-tête des documents administratifs s'inspirent aussi de cette pratique. En 1808, les armoiries sont rétablies par un décret de Napoléon 1er.
De nos jours, les armoiries sont d'un usage courant pour les particuliers dans certains pays d'Europe, comme en Suisse, en Scandinavie et en Écosse. Dans les monarchies (Pays-Bas, Belgique, Royaume-Uni), elles restent très attachées à la Couronne, et des collèges héraldiques veillent à leur enregistrement et à leur préservation. La collection d'objets du Musée héraldique (Herald's Museum) à la Tour de Londres retrace l'histoire de l'héraldique anglaise depuis le XIIe siècle. Dans le sud de l'Europe, les armoiries sont moins fréquentes.
Signe des temps, certaines institutions et collectivités locales les ont remplacées par des logos. D'autres, comme Paris, se sont contentées de les moderniser. La pratique des armoiries avait également été introduite dans les colonies. Ainsi, les sceaux des États américains portent tous des emblèmes héraldiques, et, dans la plupart des pays africains, les drapeaux sont frappés d'un emblème où l'influence européenne est manifeste.
L'héraldique a toujours constitué un outil de premier ordre pour l'historien, car elle permet de reconstituer l'histoire de lignées, au travers d'alliances et d'événements, et d'identifier des homonymes. Elle est aussi une source essentielle pour l'histoire des mentalités, les couleurs portant en particulier une forte charge symbolique.

                                     
        
Vincent Delolme